Voici quelques années, au moment du morcellement de l'ex bloc soviétique, de nombreux immigrants arrivèrent de Russie (Environ 400 000), important avec eux, leur style de vie, leur accent, et leur culture, mixant la culture juive et la culture russe. Désormais un israélien sur 7 est originaire d'une des républiques de l'ex-URSS.
Unis par une communauté de destin, ils ont forgé une sorte de nouvelle éthnicité, indéniablement russe, qui n'est pas liée à un territoire, mais à une culture, une langue, à un passé et à un présent commun. Leur communauté joue désormais un rôle important en Israël.
Une chaîne de télé en langue russe émet désormais et fait la promotion d'artistes de sensibilité russe auprès du public israélien.
C'est le cas d'Alon Gutman, qui rencontre un certain succès, auprès de cette partie du public. Voici une de ses performances, en russe, qui inclut un hommage à Michael Jackson. La chorégraphie est de Tal Handelsman, celui avait réalisé l'hommage à Michael sur le toit du plus haut gratte-ciel de Tel Aviv.
Alon Gutman - Piter Tel Aviv - 2009
A l'inverse, les artistes israéliens s'exportent bien en Russie. Dana International a ainsi collaboré, pour un titre, avec le duo de transexuelles ukrainiennes Ne Angeli.
Ne Angeli Ft Dana International - I need your love - 2008
Enfin, certains chanteurs d'origine russe ont choisi d'entamer une carrière traditionnelle en hébreu.
C'est le cas d'Ofer Bashan ou de Rinat Bar, originaire de Géorgie.
On ne le redira jamis assez, Ninet Tayeb, première lauréate de Ko'hav Nolad en 2003, est une des chanteuses les plus prometteuses de la nouvelle scène israélienne.
Ce film ne marquera pas l'histoire de l'art du video clip, mais j'adore littéralement cette chanson de l'an dernier.
Harel Skaat n'a pas fait mauvaise figure au concours eurovision de la chanson. Les bookmakers estimaient qu'il faisait partie des favoris. Il n'est arrivé que dans le milieu du classement, ce qui est déjà une performance, cette année. La réalité montre que les votes ne remercient pas forcément les meilleures chanteurs.
Beaucoup d'éléments entrent en ligne de compte dans l'attribution des points. La position géopolitique des pays en premier lieu. Les populations de même culture en tendance à s'attribuer les points mutuellement, entre amis, entre voisins. C'est le cas depuis très longtemps pour la Scandinavie.
On assiste depuis quelques années, au même phénomène, pour l'ancien bloc soviétique et les pays baltes, de même qu'au sein des pays de l'Ex Yougoslavie et en règle générale, de l'Europe orientale.
Sous les éternelles railleries des commentateurs, Chypre et la Grèce s'échangent traditionnellement 12 points.
L'autre phénomène récurrent est l'attribution de points élevés à certains pays, quelque soit leur performance, par des pays où des communautés sont implantées. L'attribution de points au Portugal par la France a longtemps été de mise, même si cela a tendance à s'estomper progressivement. De même, la Turquie reçoit de nombreux points en provenance de France et surtout d'Allemagne, qui compte une forte communauté turque dans sa population.
Enfin, les affinités linguistiques agissent. C'est pour cette raison, que la majorité des pays proposent désormais des chansons en anglais, sans grand intérêt culturel par rapport aux traditions et à leurs cultures d'origine. Il en a été ainsi de la première prestation de la Russie par exemple, au tout début de cette décennie. La chanteuse Alsu avait alors présenté une chanson en anglais avec quelques mots de russe seulement, qui s'est révélée être un ersatz parfait d'une prestation de Shania Twain. Est-il utile de rappeler que la culture russe n'a rien à voir avec la culture américaine....
L'Italie ne participe d'ailleurs plus au concours depuis de nombreuses années.
Je considère pour ma part, que les pays qui choisissent d'être représentés par une chanson dans une autre langue que leur langue officielle, ou une des langues locales parlées par une part de leur population, devraient être pénalisés.
On pourrait ainsi considérer que le Royaume Uni pourrait choisir entre l'anglais et le gaélique, la France entre le français, le créole, le breton.... L'Espagne entre l'espagnol et le basque et ainsi de suite. Mais que la Suisse ne peut pas avoir une chanson en anglais par exemple, alors que l'italien, le français et l'allemand sont ses trois langues officielles.
Les derniers pays qui jouent le jeu de l'Eurovision, en ne tombant pas dans certaines de ces dérives malheureuses, partent donc particulièrement défavorisés.
Selon les usages actuels, la France par exemple n'a que très peu de chance de victoire, de même que la plupart des pays d'Europe occidentale, qui choisissent des chansons dans leur langue.
C'est pourtant l'Allemagne qui a gagné cette année, grâce à une chanson très typée nouvelle scène actuelle. La chanson de Lena m'a personnellement beaucoup rappelée certaines prestations d'Olivia Ruiz.
Il est malgré tout déplorable que la chanson n'ait pas été chantée en Allemand. Mais de ce fait, Lena n'aurait pas gagné.
Pour ce qui est d'Israël, Harel Skaat partait finalement avec deux atouts majeurs : sa bonne gueule et sa très belle voix. Son interprétation a été remarquable et le chanteur était visiblement vidé à la fin de sa prestation. Cela n'aura pas suffi à contre balancer le fait que la chanson était, comme toujours, en hébreu, et je le salue, qu'Israël est comme quelques autres pays, relativement isolé sur un plan géopolitique, et surtout, il faut bien l'admettre, qu'Israël n'a pas la côte sur le plan international actuellement. Enfin, la chanson, d'une qualité honorable, n'était pas au niveau des prestations habituelles du chanteur, et surtout n'avait pas le caractère rythmé et joyeux des chansons qui gagnent depuis quelques années.
Comme c'est souvent le cas pour les chansons qui représentent Israël, Harel a enregistré sa chanson en anglais et en français, en plus de l'hébreu. C'est la vidéo en version française que je vous propose pour conclure cet article, et vous pourrez le voir, Harel, lorsqu'il chante en français, nous rappelle forcément un très grand chanteur israélien des années 70, dans le style et avec cet accent typique que personnellement j'adore et que je trouve si sexy !
Bien sûr, Israël n'est pas en Europe. Pourtant, les Israéliens sont toujours à portée de vol de la France, de la Pologne, de la Russie et des autres pays d'Europe, qui représentent encore une grande partie, avec les Etats-Unis bien sûr, de la diaspora.
Ces pays sont le berceau de la culture musicale moderne d'Israël. A ce titre, le pays à sa place dans le concours eurovision de la chanson, et n'y a jamais fait pâle figure.
Depuis 1973, Israël a terminé 3 fois 5ème, 2 fois 4ème, 1 fois 3ème, 2 fois second, et a remporté le concours 3 fois. Si l'on retire les années au cours desquelles il n'y a pas eu de candidat israélien, le pays s'est classé 19 fois dans les 10 premiers, sur 32 participations.
Années de non participation : 1980, 1984, 1994, 1996, 1997
En 1973, la première participation d'Israël fut assurée par Ilanit, qui terminera seconde du concours. Ilanit représentera une seconde fois son pays 4 ans plus tard, mais ne se placera que 11ème.
Ilanit - Ey sham - 1973 2ème place
Israël va connaître sa première victoire, pour sa 6ème participation. C'est Izhar Cohen & the Alphabeta qui prose une chanson très disco, A-ba-ni-bi. Izhar Cohen est un artiste multi-disciplinaire. Chanteur et acteur, il a commencé sa carrière au sein du groupe Nachal, puis est devenu acteur pour le théâtre d'Haïfa. Izhar Cohen représentera Israël une seconde fois en 1985, mais ne se classera que 5ème.
Izhar Cohen & the Alphabeta - a-ba-ni-bi - 1978 - 1ère place
Auteur = Ehud Manor
L'année suivante, le concours a lieu à Jérusalem. C'est Gali Atari accompagnée du groupe Milk & Honey qui reprend le flambeau. Gali Atari réussit l'exploit de remporter le concours pour la seconde fois de suite. Ainsi, c'est à nouveau à Jérusalem que l'Eurovision aura lieu en 1980. Hallelujah deviendra un anthem du concours.
Gali Atari & Milk and Honey - Allelujah - 1979 1ère place
En 1983, c'est au tour d'Ofra Haza de représenter les couleurs de son pays. Ofra est une véritable star en Israël et sera connue dans le monde entier quelques années plus tard grâce à Im in alu, une chanson yéménite qui deviendra un succès mondial.
La particularité de "Hai", la chanson d'Ofra, est qu'elle sera interprétée sur la face B du 45 tours, dans la langue du pays où est vendu le disque. A ce jour, je l'ai déjà entendue en français et en allemand, en plus de l'hébreu.
Ofra Haza - 'Hay - 1983 2ème place
La troisième victoire intervient 15 ans plus tard. C'est Dana International, qui après une sélection tumultueuse en Israël, représente le pays à Birmingham. Cette participation est remarquable à double titre. D'une part, Dana est une transexuelle, objet de la polémique orchestrée par les partis extrémistes, et d'autre part, 1998 est l'année du cinquantenaire de la création d'Israël. La victoire sera donc doublement symbolique et Dana International sera propulsée au rang de star mondiale, grâce à cet événement.
Dana International - Diva - 1998 1ère place
Compositeur Zvika Pik Auteur Yoav Ginai
En 2005, Shiri Maimon, issue de Ko'hav Nolad, se hissera en 5ème position. De même que Boaz Mauda, en 2008. Troisième recrue de la nouvelle star, c'est Harel Skaat qui représentera Israël en 2010 avec Milim.
Beaucoup de chanteurs et de chanteuses très connues en Israêl ont également représenté leur pays avec plus ou moins de succès. Citons entre autre, Shlomo Artzi, Yardena Arazi, Rita, Dafna Dekel, Sarit Haddad, Lior Narkis, David d'Or ou Teapacks, et même Noa en 2009.
Ko'hav Nolad connection à l'Eurovision
Shiri Maimon - Hasheket shenish ar - 2005 5ème place